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Bahar Kimyongür

«Radieuse comme son nom»
Ci dessous, le message envoyé par Bahar Kimyongür aux membres et sympathisants du Clea, à tous ceux qui l'ont soutenu tout au long de son éprouvant procès et à tous ses proches et amis à l'occasion du départ ultime de Dawiya, sa très chère grand-maman.

beurskoffee

Au beurskoffee, fin avril 2007, lors de la fête à l'occasion de la libération de Bahar

 

Radieuse comme son nom

Notre grand-mère adorée, notre «nânâ» à nous, notre Dawiya n’est plus. Elle s’est éteinte chez elle, à Arsuz, près d’Iskenderun, suite à un arrêt cardiaque.

Ses funérailles ont eu lieu hier dans un petit cimetière situé sur le chemin de Dikmedjé, son village natal.

Cette mamie exceptionnelle au cœur immense mais fragile, est née en 1933 dans la province de Hatay, un territoire alors sous mandat français et à majorité arabophone (avant que les troupes kémalistes n’organisent une campagne de peuplement turc dans cette province syrienne pour entraîner l’annexion du territoire à la Turquie par un referendum de façade orchestré par la Société des Nations).

Suite à la perte tragique de ses deux parents, (sa mère est morte durant la grossesse de son petit frère Süleyman, et son père, dans un accident de travail), elle a dû s’occuper toute seule de ses quatre frères et sœurs. Elle était alors à peine âgée de 9 ans.

Brillante couturière, notre nânâ orpheline en fit son métier dès son plus jeune âge. Elle recevait de nombreuses commandes parfois de lointains villages. Son illettrisme ne l’avait pas empêché d’exceller dans son domaine et de développer des modèles innovants qui attirèrent même l’attention des familles antiochiennes aisées.

En 1949, elle se mariera avec un cousin, Skandar (Iskender en turc, Alexandre en français), comme le voulait souvent la tradition. Iskender, un homme généreux, imposant et pieux, lui donnera onze enfants. Onze enfants dont l’un sera déclaré mort à l’hôpital alors qu’il semblait se porter bien. En fait, elle ne verra jamais le corps de son bébé…

A ma naissance, en 1974, elle décide de tout claquer et de venir aux côtés de Nedjiba, ma mère d'à peine 16 ans, pour l’assister dans la difficile tâche de me faire grandir.

Dans les mois et les années qui suivirent, elle fit venir une partie de la famille en Belgique. Elle s’occupa d’une armée de petits-enfants toujours avec la même dévotion. Toute sa vie, elle fut une mère, une grand-mère et une arrière-grand-mère exemplaire.

Elle avait une émotivité à fleur de peau qui révélait toute sa tendresse et son altruisme. Elle pouvait se lamenter parce que nous ne terminions pas le sixième plat qu’elle nous servait là où nous dirions au mieux «tant pis», au pire «tant mieux», comme elle pouvait se frapper la tête, lever les bras et les yeux vers le ciel et maudire les tyrans du monde quand elle voyait une scène tragique au cours du journal télévisé là où nous, nous chuchoterions, impassibles, une formule insipide du genre : «c’est quand même dégueulasse».

Et que dire de son hospitalité offensive : elle suppliait comme personne les amis et les amis des amis, et même au-delà, de lui rendre visite et savait leur rendre honneur en les accueillant avec la plus grande générosité.

Notre nânâ était d’une étonnante jeunesse. Elle pratiquait l’humour et l’autodérision avec brio. Dotée d’une perspicacité redoutable et d’une sagesse réconfortante, elle devenait la confidente naturelle et idéale des petits et des grands.

C’était une femme pieuse mais progressiste et, dans son quartier molenbeekois, elle savait se faire respecter parmi les inconditionnels de l’Islam ostentatoire et fétichiste à qui elle lui arrivait de répondre : «ce n’est ni le voile ni la barbe qui vous ouvrira les portes du paradis mais la pureté de votre cœur.» Curieusement, elle était hautement respectée pour son franc-parler dans son quartier et parmi ses connaissances et ce, même parmi les Musulmans les plus rigoristes.

Ces dernières années, elle fut moralement très éprouvée par mon procès et mes mésaventures aux Pays-Bas. Et même si nous avons connu quelques victoires dans nos dures épreuves judiciaires, finalement, mes procès en Turquie et en Belgique nous auront séparés à jamais. Je n’ai pu en effet l’accompagner dans son dernier voyage et coller mes lèvres sur sa chevelure de lumière comme j’aimais le faire depuis ma plus tendre enfance.

Dawiya, «la radieuse» en arabe, est un nom qui lui va si bien…

De son vivant, tout le monde était bienvenu chez elle. Ce sera encore et toujours le cas en son absence. Ce samedi 11 juillet, entre 9h et 18h, celles et ceux qui le désirent pourront lui rendre un dernier hommage en sa demeure.

Bruxelles, le 10 juillet 2009

Bahar Kimyongür http://leclea.be/affaire_dhkp-c/dossier.html



13/07/2009

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