PerleDeDiamant

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Article de René Naba

Le dilemme diplomatique de la nouvelle Amérique | Janvier 2009
René Naba | 12/01/2009 |

 http://renenaba.blog.fr/

L’élection d’un noir à la tête des Etats-Unis est destinée à blanchir l’Amérique de toutes ses turpitudes.
La Palestine, véritable test de la détermination de Barack Obama d’impulser le nouveau visage de l’Amérique post-raciale et post-coloniale.
Barack Obama entre le stéréotype de l’image de «l’Oncle Ben’s» et les figures charismatiques de Nelson Mandela et du Mahatma Gandhi.

(Entretien réalisé par Azzeddine Belfarag)

Paris 4 janvier 2009

Q- Que fera Barack Obama sur le plan de la politique internationale ? Pratiquera-t-il la continuité ou prônera-t-il la rupture avec la diplomatie de son prédécesseur notamment sur le conflit israélo-arabe et le problème palestinien ?

Les premières décisions politiques du Président Barack Hussein Obama, élu le 6 Novembre 2008, augurent mal d’une politique de changement à tout le moins sur le plan diplomatique à en juger par la composition de sa garde rapprochée.

La désignation d’un ancien réserviste de l’armée israélienne, Rahm Emmanuel, au poste stratégique de secrétaire général de la Maison Blanche, de même que la nomination au poste de secrétaire d’Etat de Hillary Clinton, Sénatrice de New York, c'est-à-dire représentante au Congrès américain de la première métropole juive du monde, et, à ce titre, seule personnalité américaine à avoir accès à l’ambassade israélienne des Etats-Unis, sans rendez vous préalable, ont été interprétées comme répondant au souci du nouveau président américain de calmer les appréhensions concernant ses origines ethnico religieuses, un métis de père kenyan de confession musulmane.

La propulsion du Rahm Emmanuel à ce poste clé a d’ailleurs donné lieu au premier incident de parcours de la nouvelle administration démocrate du fait précisément de la partie israélienne: Sans ambages, avec une aisance outrecuidante qui caractérise les relations israélo-américaines, son père a assuré au quotidien israélien Maariv que «porteur d’un tel nom qui est bien juif et non arabe, Rahm Emmanuel de par sa nouvelle position allait infléchir la politique américaine dans un sens favorable aux intérêts d’Israël», suscitant un tollé dans la presse nationaliste arabe et conduisant le nominé à se démarquer, à son corps défendant, des positions de son géniteur. «Rahmbo», le sobriquet qui le désigne par référence à la violence qu’il entretient dans ses rapports politiques avec ses adversaires, a dû présenter ses excuses personnelles à Marie Rose Auckar, assurant la Présidente du comité anti-diffamation arabo-américain que le point de vue de son père ne reflétait «ni ses vues personnelles, ni les vues de sa famille». Comprenne qui voudra.

Un tel incident révèle en tout cas tant la sensibilité du sujet que la nervosité des protagonistes, tant il est vrai que de tous les dossiers internationaux en souffrance sur son agenda, le dossier palestinien sera le véritable test de la détermination de Barack Obama d’impulser le nouveau visage de l’Amérique post-raciale et post-coloniale.

La marge de manoeuvre de Barack Obama est grandement réduite du fait du sinistre économique dans lequel est plongé son pays, en héritage de l’ère Bush. Tout porte à croire qu’il va accorder la priorité à la situation intérieure, notamment aux laissés pour compte de la société d’abondance alors qu’environ 30 pour cent de la population américaine vit sous le seuil de la pauvreté. Sa décision de créer 2,5 millions d’emplois répond à ces considérations.

Mais Barack Obama sera tout de même particulièrement attendu néanmoins sur le plan international en raison du rôle dirigeant assumé par les Etats-Unis au sein du camp occidental, en raison aussi du fait que sa présidence intervient à un moment charnière de l’histoire mondiale alors qu’un basculement s’opère sur le plan de la géostratégie mondiale, en raison enfin des circonstances de son élection: Barack Obama a certes été élu par les Américains, mais sa route vers la Maison Blanche a été déblayée par la longue lutte de la communauté afro-américaine sous l‘autorité de ses chefs charismatiques, dont il est l’héritier putatif, le Pasteur Martin Luther King, le Révérend Jesse Jackson et même Malcolm X, chef de file des «Black Muslim’s». Son élection n’aurait été concevable, aussi paradoxal que cela puisse paraître, sans le concours sans doute involontaire mais déterminant de tous ceux qui à travers le monde se sont appliqués à mettre en échec la politique hégémonique de l’administration Bush, que cela soit en Amérique Latine avec Hugo Chavez (Venezuela) et Evo Morales (Bolivie), dans le Monde arabe au Liban avec le Hezbollah, en Irak avec les milices chiites de Moqtada Sadr, en Palestine avec le Hamas ou encore en Russie avec Vladimir Poutine, vainqueur inattendu de la Guerre du Caucase au grand dam des parrains américains de la Géorgie et de leurs instructeurs israéliens. Autant d’interlocuteurs coriaces et aguerris, qui ont survécu à George Bush jr et même à son propre père George Bush senior.

Dans ce contexte, Guantanamo ne devrait poser pas de problèmes majeurs. Symbole honni des dérives fascisantes et mensongères de George Bush jr, la suppression de ce «camp de la honte» pourrait faire l’objet d’un geste symbolique de rupture avec l’ancienne administration néo-conservatrice, avec d’autant plus d’empressement que l’y encourage à sa fermeture l’un des plus respectés dirigeants du camp républicain, le général Collin Powel, premier dirigeant afro-américain à occuper le poste de secrétaire d’état.

Sur les autres dossiers internationaux, il existe une quasi-similitude de vues entre les diverses composantes de l’administration démocrate, mais une sourde rivalité se profile sur la maîtrise d’œuvre. La nouvelle diplomatie américaine pourrait ainsi s’articuler sur le schéma suivant: Un profil bas en Irak, en raison du coût excessif de la guerre et des revers militaires américains, compensé par un redéploiement musclé en Afghanistan pour prévenir dans l’opinion publique mondiale l’idée d’une débandade généralisée du camp occidental, avec une gestion ductile du problème iranien. Sur ce dernier point Hillary Clinton de même que les néo-conservateurs américains et français, particulièrement le président Nicolas Sarkozy, son ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, et le directeur socialiste pro-sarkozyste du Fonds Monétaire Internationale (FMI) Dominique Strauss Khan, partagent les thèses israéliennes en ce qui concerne le «danger» iranien et préconisent la «manière forte» dans leur approche avec l’Iran.

En prévision de cette élection, alors que l’économie américaine s’effondrait, et voulant sans doute lier les mains du futur président, le Center for Security Policy, organisme réputé de lobby international, a lancé une intense campagne visant à dissuader les institutions internationales de recourir à la législation islamique pour la gestion de ces fonds, pointant du doigt leur origine géographique, en clair la sphère musulmane. Le CSP avait mené une victorieuse campagne en faveur de Boeing contre Airbus dans le contrat visant à la fourniture à l’armée de l’air américaine des 179 avions ravitailleurs de nouvelle génération, un marché de 35 milliards de dollars. Le Center for Security policy, qui amalgame sans doute volontairement, Finance islamique et Islam radical, fait partie de la kyrielle d’organisations gravitant autour de l’AIPACC, la principale formation du lobby juif aux Etats-Unis. Proche du Likoud, la droite israélienne, il participe d’une trilogie qui a propulsé la thématique du péril islamique dans le discours officiel politique et médiatique américain comme substitut au «péril rouge» à la suite de l’effondrement du bloc communiste. Les deux autres formations sont le WINEP (Washington Institute For Near East Policy) et le JINSA (Jewish Intitute For National Security).Vingt deux membres de ses formations font partie des cercles dirigeants de l’administration Buh jr: Richard Cheney, vice-président, John Bolton, ancien ambassadeur à l’ONU, et Douglas Feith, ancien sous secrétaire à la défense, pour JINSA, Paul Wolfowitz, Président de la Banque Mondiale, Richard Perle, ancien sous secrétaire à la défense pour WINEP, l’influente organisation présidée par Martin Indyk, américano-australien, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Israël (10).

Mais pour de nombreux observateurs internationaux, le premier président afro-américain de l’Histoire mondiale, celui que de nombreux journalistes présentent par allusion à l’immense espoir qu’il a soulevé lors de son élection, comme l’héritier du Président John Fitzgerald Kennedy et du dirigeant noir américain, Martin Luther King, tous deux assassinés, le premier en 1963, le second en 1968, aura le souci de laisser sa marque. L’épouse de l’ancien président américain pourra tout au plus faire connaître sa sensibilité particulière sur le dossier iranien, mais ne saura, en aucun cas, malgré sa personnalité marquée et sa flamboyance affichée, se substituer au véritable chef de la diplomatie américaine, en l’occurrence le Président des Etats-Unis, dans la détermination de la politique étrangère américaine. Pour les amateurs de référence historique, Hillary Clinton pourrait avoir aura un rôle comparable à celui assumé auparavant par James Baker Jr, Secrétaire d’état sous l’administration de George Bush père, celle d’une forte personnalité dotée d’une confortable marge de manœuvre, mais soumise toutefois à l’impérieux contreseing présidentiel.

Natif de Hawaî, de père kenyan de confession musulmane, étudiant en Indonésie en compagnie d’un beau père indonésien de confession musulmane, Barack Hussein Obama, bien que converti au christianisme, est un américain de l’extérieur, «an overseas président». Il est de ce fait sensible à l’environnement international de sa jeunesse et de son éducation de base. Il n’est pas interdit de penser, qu’en son for intérieur, il peut estimer que l’intérêt à long terme de l’Amérique réside non dans une confrontation mais dans une coopération avec le Monde musulman, tant pour les Etats-Unis d’Amérique pour son allié israélien. Ce qui présuppose une politique d’apaisement à l’égard d’un bloc généralement présenté par la presse occidentale comme un terreau du terrorisme et de la xénophobie, alors que la profonde aversion que nourrit l’ensemble arabo-musulman à l’égard du bloc occidental réside dans la morgue et la désinvolture des Occidentaux à leur égard.

Il est de notoriété publique qu’Israël ne se serait jamais permis de violer continuellement et en toute impunité le Droit International, mener à bien une colonisation rampante de la quasi totalité de la Palestine, sans le soutien résolu de l’Amérique. Cela est particulièrement vrai sous le mandat de George Bush jr. Alors que l’Amérique sollicite activement le concours financier des pétromonarchies du golfe pour renflouer son économie, une « politique de la canonnière» ne saurait être mise en oeuvre sans la caution des alliés arabes de l’Amérique et sans de substantielles contreparties à leurs bailleurs de fonds arabes. Une éventuelle compensation ne pourrait porter que sur le plan du conflit israélo-arabe. La fin d’un monde unipolaire, l’échec d’une stratégie d’hégémonie telle qu’elle s’est manifestée par la neutralisation du projet du «Grand Moyen-orient» par les contestataires à l’ordre américain implique une redéfinition des objectifs prioritaires de la diplomatie.

En bon vassal de l’Empire américain, Israël s’y alignera bon gré mal gré. Anticipant le mouvement, le président israélien a d’ores et déjà souscrit, en novembre, dans la foulée de l’élection présidentielle de Barak Obama, au plan de paix saoudien, formulé depuis trente ans et superbement ignoré depuis par tous les gouvernements israéliens successifs de gauche comme de droite. Dans une démarche symétrique de rapprochement, Bahreïn a préconisé la mise sur pied d’une nouvelle organisation régionale incluant non seulement la Turquie, mais également Israël, assurant ainsi la promotion d’une sous organisation régionale majoritairement pro américaine dans une structure panarabe.

Q- Jérusalem: Au lendemain de sa nomination par la convention, Barack Obama s’est rendu devant l’AIPACC, instance représentative du lobby juif américain, pour proclamer son engagement à oeuvrer pour que Jérusalem demeure capitale indivisible d’Israël. Comment interprétez vous cette attitude ?

La prestation de Barack Obama devant le lobby juif américain a plongé bon nombre de ses admirateurs dans le Monde arabe dans un abîme de perplexité. Sa déclaration sur le caractère indivisible de Jérusalem, capitale d’Israël, est apparue d’autant plus gratuite que rien dans son parcours ne le contraignait à le faire, sauf à vouloir donner des gages à Israël et à ses influents partisans électoraux au Etats-Unis, sauf à vouloir se ménager une marge de manœuvre future pour des douloureuses concessions qu’il se devra de réclamer d’Israël dans l’hypothèse d’une relance d’une nouvelle dynamique de paix au Moyen-orient.

La décision de transférer l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv vers Jérusalem a été prise par Ronald Reagan (1980-1988) dans la période de transition de son mandat à son ancien vice-président George Bush sr, dans le cadre de ce qu’il est convenu d’appeler les «midnight measures», les mesures prises discrètement par le président sortant à la faveur de l’interrègne présidentiel américain. Depuis lors, le sujet est régulièrement évoqué devant le Congrès américain sans qu’aucun président n’ait jamais osé franchir le pas en ordonnant le transfert effectif de la représentation américaine vers Jérusalem, une mesure contraire au Droit International, une mesure qui ne manquerait pas d’être ressentie comme une provocation et une humiliation par l‘ensemble arabo-musulman à l’effet de fragiliser les alliés arabes de l’Amérique.

Reagan a trépassé, George Bush jr, le fils du précédent, est durablement carbonisé, mais le peuple palestinien, bien que désorienté par ses conflits fratricides et affaibli par la sévère répression israélienne, maintient sa revendication sur le secteur arabe de la Ville Sainte, témoignant ainsi d’une grande capacité d’endurance et de survie. Or nul ne l’ignore: tant qu’existe un revendicateur, un Droit ne se perd pas. Et c’est là le principal mérite du combat palestinien.

De même, Jérusalem, capitale indivisible d’Israël, est une rengaine de tous les postulants à la magistrature américaine, un exercice de style obligé pour tous les candidats aux présidentielles américaines. Mais l’exercice n’est pas sans conséquence, ni dommage. Un fait subjectif partagée par une majorité d’individus devient un fait objectif. Une répétition rituelle finit par imprégner les esprits et s’impose comme un fait d’évidence. Aux Arabes et à leurs alliés dans le Monde, d’être vigilant sur ce point et intransigeant.

Un accord en bonne et due forme lie, en effet, depuis le 19 Janvier1989, Israël et les Etats-Unis à propos du transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv vers Jérusalem. L’accord a été signé du côté américain par l’Ambassadeur des Etats-Unis en Israël, William Brown, le jour même de la passion de pouvoir entre les Présidents Reagan et Bush, sans qu’il soit possible de l’imputer au mandat Reagan ou au mandat Bush afin de diluer les responsabilités entre les deux présidents républicains. L’accord prévoit la construction de l’ambassade américaine dans la partie sud de la Ville Sainte, dans un secteur dénommé du temps du mandat britannique de «Camp Allenby». D’une superficie de quatorze hectares, le bâtiment est destiné à servir de résidence au chef de la mission américaine, qui en aura la jouissance pour une durée de 99 ans, moyennant le versement symbolique d’un dollar. L'ambassade américaine est en fait en cours d’édification sur la route de Bethlehem, sur le chemin menant au du kibboutz Ramat Rachel, face à la colonie de Gilo. Son ouverture est prévue pour 2009.

L’accord israélo américain constituait la contrepartie de l’acceptation par le gouvernement Itzhack Shamir (droite-Likoud) de l’ouverture d’un dialogue avec l’Organisation de Libération de la Palestine. Un tel accord s’est révélé être en fin de compte un «marché des dupes». Les accords israélo-palestiniens d’Oslo (1993) ont été vidés de leur substance et l’autorité palestinienne de ses pouvoirs, le chef du combat national palestinien Yasser Arafat confiné jusqu’à sa mort dans sa résidence de Ramallah, alors que, parallèlement, Israël a poursuivi sa colonisation rampante de Jérusalem et de la Cisjordanie, au point les Israéliens ont proposé d’aménager une bourgade jouxtant la Ville Sainte, Abou Diss, en guise de substitution de Jérusalem comme capitale de rechange du futur Etat palestinien.

Proposition indécente qui témoigne du mépris souverain des Israéliens pour les revendications légitimes non seulement des Palestiniens mais pour l’ensemble arabo-musulman. Comme si les Lieux Saints de Jérusalem étaient transférables, comme ce fut le cas pour les temples égyptiens d’Abou Simbel, menacés par la montée des flots lors de la construction du mur de retenue des eaux du barrage d’Assouan.

A delà de Jérusalem, l’Occident chrétien a pensé purger son passif avec le Judaïsme et lui témoigner de sa solidarité expiatoire en créant l’Etat d’Israël en vue de «normaliser la condition juive diasporique dans des constantes nationales claires», selon l’expression de l’écrivain Abraham B. Yehoshua (cf à ce propos son article «la question juive posée au Monde», 29 novembre 2001 in journal français Libération). Mais il a dans le temps transmuté son contentieux bimillénaire avec une religion longtemps considérée comme «déïcide» en un conflit arabo-israélien et un conflit islamo-judaïque. (2)

Israël, pour tragique qu’aient été les souffrances des Juifs au siècle dernier et manifeste leur contribution à la culture du monde, ne saurait faire l’impasse sur l‘intérêt que portent 1,5 milliards de Musulmans et 1,3 milliards de Chrétiens à Jérusalem, une ville vouée par les hasards de l’Histoire à être le Lieu Saint des trois grandes religions monothéistes.

L’Occident ne saurait faire l’impasse sur sa responsabilité dans le drame palestinien. Il lui importe désormais d’assumer les conséquences de son acte plutôt que de se voiler la face. N’en déplaise aux experts occidentaux, nombreux en la matière, le terrorisme ne résulte pas d’une création ex nihilo, pas plus qu’il ne constitue un phénomène sui generis. Il se nourrit des meurtrissures et des flétrissures, de l’impasse du désespoir magnifié par une exaltation sacrificielle.

Q- Au sein des cercles dirigeants tant en Israël que dans les pays occidentaux rêvent de sceller une nouvelle alliance entre Juifs et Noirs américains pour marquer l’avènement d’une Amérique post-raciale. Qu’en-est-il ?

La jonction entre sionisme et panafricanisme, les deux points noirs de l’Occident de l’époque contemporaine, a longtemps été caressée par les pères fondateurs du sionisme désireux de fonder avec les peuples africains, une «communauté des persécutés». Léon Pinsker dans l’Auto-émancipation (1882), le philosophe Martin Bubber à la tête du «Die Welt », journal de l’organisation sioniste mondiale, dont il assura la Rédaction en chef de 1889 à 1901, et, Golda Meir, ancien premier ministre israélien, ont plaidé en faveur d’un tel projet. Juifs et Noirs américains ont longtemps constitué d’ailleurs, avec les confédérations syndicales américaines, l’ossature du Parti Démocrate américain. Ailleurs, dans le monde occidental, des tentatives se font régulièrement jour pour associer Juifs et Noirs dans des démarches revendicatives communes. Tel est le cas par exemple en France du mouvement anti-racisme «SOS-Racisme» qui opère en concertation étroite avec l’Union des Etudiants Juifs de France.

Le mot d’ordre «Back to Africa» (retour en Afrique), lancé par Marcus Gravey, en 1920, avait d’ailleurs été perçu, à l’époque, par bon nombre d’observateurs comme l’équivalent africain du mot d’ordre sioniste «retour à Sion». Mais le rêve d’une fraternité de souffrances s’est brisé sur les amers constats des dures contraintes de la Realpolitik. Ainsi, durant la période de la décolonisation, Israël s’est en effet rangé systématiquement du côté occidental, c’est à dire, dans le camp de ceux qui étaient perçus comme des oppresseurs coloniaux, Que cela soit en Algérie, allant même jusqu’à concevoir avec la France et le Royaume Uni, une «expédition punitive» contre l’ Egypte, en 1956, en vue de briser la base arrière de soutien à la Révolution algérienne, que cela soit en Afrique du sud encore, où l’Etat hébreu, au mépris de sa philosophie affichée, a été un des principaux soutien au régime d’apartheid, engageant même avec lui une coopération nucléaire, que cela soit avec la Turquie enfin, où les rescapés du génocide hitlérien ont constamment refusé de reconnaître aux survivants arméniens du génocide turc, premier génocide du XX ème siècle, le qualificatif de «génocide», tant par égard pour leur alliance stratégique avec la Turquie, que par souci de réserver au génocide hitlérien son caractère exclusif et exemplaire au bénéfice de la thématique victimaire de la diplomatie israélienne.

Dans son inoubliable «Discours sur le colonialisme», Aimé Césaire dénoncera le primat accordé par les Européens à l’expiation du génocide hitlérien dans une démarche visant à occulter ce qu’il estime être le plus grand génocide de l’histoire moderne, la colonisation de l’Afrique et la traite négrière. La rupture entre Juifs et Noirs est intervenue précisément durant la période de la décolonisation de l’Afrique. Afficher un soutien résolu à l’ Indépendance d’Israël, et, carboniser, dans le même temps, les Algériens à Sétif et à Guelma, faucher à la mitraille les Sénégalo-maliens à Thiaroye, les Camerounais et les Malgaches pour étouffer toute velléité d’indépendance africaine, a paru aberrant à bon nombre d’Africains, qui y ont vu la marque d’une collusion entre les pays occidentaux et le nouvel Etat juif naissant. Israël est alors apparu comme une «créature de l’Occident», un instrument de répression dans le tiers monde, le protecteur des Dictateurs africains à l‘instar de Joseph Désiré Mobutu au Zaïre.

L’Afrique est partiellement redevable de son indépendance au Vietnam et à l’Algérie. N’était-ce la défaite française de Dien Bien Phu (1954), première défaite d’une armée blanche face à un peuple basané, et, l’hémorragie de la guerre d’Algérie, gageons que la colonisation de l’Afrique aurait perduré. Les Africains en ont conscience de cette fraternité d’armes. Sans parler de la rupture collective des relations diplomatiques des pays arabes avec Israël, en 1967, dans la foulée de la 3me guerre arabo-israélienne, le Mali, à titre d’exemple, a, dès son indépendance, dépêché un contingent symbolique de sa jeune armée pour se ranger aux côtés des combattants Algériens et Bamako, jusqu’à présent n’a jamais abrité la moindre représentation israélienne malgré les sollicitations répétitives tant des Israéliens que des Occidentaux. Et c’est un psychiatre antillais, compagnon de route de la Révolution algérienne, Frantz Fanon, qui théorisa le mieux la nouvelle alliance entre Arabes et Africains, scellée sous l’emprise coloniale, dans un retentissant ouvrage au titre ravageur «Les Damnés de la Terre».

La rupture judéo-africaine a donné naissance aux Etats-Unis au mouvement des Blacks Muslims et au ralliement à l’Islam d’une frange de la communauté noire américaine, notamment de mythiques personnalités tel le boxeur Cassius Clay, alias Mohamad Ali, et vraisemblablement, le scintillant Michael Jackson et, sur le plan international, à une convergence arabo-africaine.

Année cruciale s’il en est, 2009 verra se dérouler pas moins de six élections importantes de la Palestine, à Israël, en passant par l’Irak, l’Iran, l’Afghanistan et le Liban, c’est à dire dans les principaux points de naufrage de la politique hégémonique américaine. Indice d’un bouleversement qui traduit le basculement géostratégique mettant fin au Monde unipolaire régissant l’ordre international depuis l’implosion du bloc soviétique, il y a vingt ans, le Liban, pour la première fois de son histoire, un pays longtemps la chasse gardée de l’Occident, particulièrement de la France, va se doter de matériel de guerre russe, y compris son aviation de Mig 29, chose inconcevable il y a peu, dans le prolongement du nouveau déploiement russe au Moyen-orient avec la livraison du système S-300 à l'Iran face à Israël, la réhabilitation du port de Tartous (Syrie) pour en faire le point d’ancrage pour sa flotte en Méditerranée, parallèlement à l’aménagement sur le flanc de l’Amérique d’un centre spatial russe à Cuba en complément aux manoeuvres conjointes navales russo-venézuéliennes de l’automne 2008, à quelques encablures des côtes nord-américaines sans que cela ne suscite la moindre réaction de Washington.

Anticipant l’évènement, Israël a condamné le jour de Noël, le 25 décembre, à trente ans de prison le chef du Front Populaire pour la Libération de la Palestine, Ahmad Saadate, se livrant le surlendemain à une bain de sang à Gaza, fief du Hamas. Israël ne se serait jamais permis de se livrer à une telle boucherie sans la complicité passive des Etats arabes, sans la démission des pays occidentaux face à leurs propres valeurs qu’ils ont érigés en valeurs universels. L’expédition punitive de Gaza (plus de cinq cents tués selon un bilan provisoire) constitue, au premier chef, une opération de surenchère électorale entre le travailliste Ehud Barak, ministre de la défense, la centriste Tzipi Livni, chef du parti Kadima et ministre des affaires étrangères, en vue de barrer la voie à leur concurrent le plus sérieux Benjamin Netanyahu (chef du Likoud), à six semaines des élections législatives israéliennes. Elle permet d’une manière subséquente à Israël de reléguer au deuxième plan les interrogations qui commencent à se faire jour aux Etats-Unis sur la prépondérance du lobby juif américain dans la détermination de la diplomatie américaine et sur la vie économique américaine, après la faillite de deux grandes banques juives, la banque Lehman Brother’s et le fond spéculatif Bernard Madoff. En tout état de cause, et quoiqu’il en soit, il n’appartient pas au peuple palestinien de payer, par délégation, pour les atrocités commises à l’encontre des Juifs dans les pays occidentaux, notamment en Europe. Tant qu’Israël bénéficiera d’une impunité totale, il est à craindre que des tragédies comme celle de Gaza ne se reproduisent. Il est à parier que Le Monde gagnerait en stabilité et en sécurité et les pays occidentaux en respectabilité et en crédibilité, le jour où Israël cessera de bénéficier d’une immunité totale et absolue en toute circonstance et en tout lieu.

L’Histoire abonde d’exemples de suicide collectif des élites d’un pays du fait d’une cécité politique de la caste dirigeante: Ainsi la classe politico économique française s’est donnée corps et âmes au nazisme hitlérien, en 1940, pour faire barrage au communisme en France, souillant l’image de la France d’une tache indélébile, la déshonorant d’une manière infiniment plus grave que les sifflets des jeunes à l’encontre de «La Marseillaise» lors d’un match amical de football. De même les nostalgiques bolchéviques, artisans du coup d’état contre Mikhaël Gorbatchev, en 1990, ont déblayé la voie à leur cauchemar, l’ultralibéralisme éthylique de Boris Eltsine. Il en est de même pour les «faiseurs de guerre» néo-conservateurs et leurs compères, les spéculateurs de Wall Street qui y ont propulsé un «New Deal», une nouvelle donne contraire à leurs idéaux.

Qu’en sera-t de l’Amérique post Bush ????

Barack Obama est l’héritier de toute cette histoire. Au delà de ses qualités propres, l’élection d’un «Noir» à la tête des Etats-Unis est prioritairement destinée à blanchir l’Amérique de toutes ses turpitudes au terme d’une double mandature bushienne si calamiteuse tant pour l’Amérique que pour la stabilité et la prospérité du Monde. Conformiste, il sera un nouveau «Uncle Ben’s» de la communauté noire américaine, à l’image d’un de ses plus illustres précurseurs, Condoleezza Rice, Secrétaire d’Etat de George Bush jr. Volontariste, Barack Obama prendra place dans l’Histoire comme l’une des figures marquantes de l’Humanité à l’image de Nelson Mandela (Afrique du sud) et du Mahatma Gandhi (Inde), donnant ainsi une impulsion nouvelle au XXI me siècle, par une claire rupture avec les pratiques impériales traditionnelles de la diplomatie américaine

Notes:

«De notre envoyé spécial, un correspondant sur le théâtre du Monde» par René Naba –Editions l’Harmattan Janvier 2009
«Comment le peuple juif fut inventé» de Shlomo Sand (Fayard 2008)
«Souvenirs d’un marginal», Maxime Rodinson (Fayard 2008)
«Après la démocratie», Emmanuel Todd (Gallimard 2008)
et Michel Warschawski, "Destins Croisés", Edition Riveneuve, sortie prévue avril 2009, avec une préface de Avraham Burg, ancien président de la Knesset, auteur de "Defeating Hitler" (Survivre à Hitler) -Fayard-2008

 



12/01/2009

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