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Après le meurtre de Samir Sarhan, les Palestiniens de Jérusalem descendent dans la rue

Après le meurtre de Samir Sarhan, les Palestiniens de Jérusalem descendent dans la rue

jeudi 23 septembre 2010 - 06h:13

 

Joseph Dana - Live from Palestine  

 


Silwan, un quartier de Jérusalem-Est occupée, est la cible d’un projet du gouvernement israélien de démolir des dizaines de maisons palestiniennes et de les remplacer par des colonies juives, écrit Joseph Dana.

 

« A 3h30 ou 4h du matin j’ai entendu du bruit à l’extérieur de chez moi, » me dit Abdallah Rajmi, un habitant du quartier de Silwan, alors que nous nous tenons dans une rue étroite, au milieu d’une bataille entre jeunes palestiniens qui lancent des pierres et les forces israéliennes d’occupation de la police des frontières. « Je pensais que c’était une simple bagarre entre gens ivres, mais ensuite, j’ai entendu beaucoup de bruit venant des personnes impliquées, et mes voisins ont commencé à se réveiller. »

 

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De jeunes palestiniens se préparent à lancer des pierres en direction des forces israéliennes d’occupation

Silwan est un quartier de Jérusalem-Est occupée, près de la vieille ville, et la cible d’un plan concerté du gouvernement israélien de démolir des dizaines de maisons palestiniennes et de les remplacer par des colonies israéliennes et un parc thématique juif.

 

Rajmi m’a rappelé les événements, alors que des gaz lacrymogènes et des pierres étaient projetés des deux côtés de la ruelle où nous étions. « A ce moment-là, je suis monté sur mon toit pour voir ce qui se passait et j’ai vu trois vigiles appartenant aux colons approchant avec des armes de ‘petit calibre’ un groupe de jeunes Palestiniens », a poursuivi Rajmi, faisant référence avec ironie aux fusils d’assaut Uzi portés par les gardes. « Les vigiles ont commencé à tirer vers les jeunes gens et tout le monde à Silwan a été réveillé. »

 

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Les flics israéliens tirent des grenades lacrymogènes en direction des manifestants

À cet instant, nous avons dû passer l’entrée de la maison de Rajmi parce qu’une tempête de pierres a commencé à tomber sur nous, et la police des frontières a commencé à utiliser des balles en acier recouverte de caoutchouc.

 

« Je n’en croyais pas mes yeux. J’ai vu un homme couché dans son sang et mourir. Les vigiles des colons venaient de lui tirer dessus de sang-froid et ils le regardaient mourir. Il était là, sur le sol, pendant une heure jusqu’à ce qu’une ambulance israélienne arrive sur les lieux ; bien sûr, ils ne nous ont pas permis de l’approcher. Les Israéliens ont fait venir plus de quarante gardes colons et la police des frontières sur la scène avant que [le blessé] ne soit transféré. »

 

Le mort se nommait Samir Sarhan. Il était âgé d’environ 30 selon les informations, et il était le père de cinq enfants.

 

Rajmi s’exprimait clairement tout en me regardant droit dans les yeux, mais on pouvait voir que sa colère couvait à propos du meurtre. « Ce n’est pas une bonne situation. C’est une situation extrêmement difficile et je pense que le chaos va exploser ici, » dit-il. « Si un autre meurt des blessures reçues la nuit dernière, je pense que Silwan va exploser. Vous n’avez qu’à attendre et voir ce qui se passera au cours de la marche funéraire. » Le cortège devait se rendre dans un cimetière près de l’enceinte d’Al-Aqsa.

 

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Les forces israéliennes d’occupation sont omniprésentes dans le quartier de Silwan

Rajmi avait raison au sujet de l’ébullition à Silwan. J’étais dans le quartier depuis 8 heures du matin, juste au moment où la révolte avec jets de pierres en direction de la police des frontières israélienne a commencé.

 

Silwan se trouve dans une vallée encaissée et la zone est couverte de nombreuses petites ruelles sinueuses. Aussi, des poches de résistance ont fait surface un peu partout tandis que des groupes de jeunes Palestiniens se faufilaient vers les forces israéliennes et faisaient pleuvoir des pierres sur eux avec des appels : « sortez d’ici » et « ce n’est pas votre place, partez maintenant ! » La police des frontières a réagi avec des flots de gaz lacrymogènes qui couvraient le village, y compris les maisons où les femmes et les enfants se cachaient pour s’abriter des combats de rue.

 

A certains moments, les forces israéliennes ont tiré à bout portant des balles en acier recouvertes de caoutchouc, lesquelles ont souvent entraîné des blessures définitives ou mortelles. Des pneus ont été incendiés et des poubelles renversées. Il était difficile de ne pas penser à des images de la deuxième Intifada palestinienne tandis que j’essayais de prendre des photos.

 

Cette situation a perduré pendant cinq heures à travers tout Silwan. Des poches de lanceurs de pierres ici et là tandis que des gaz lacrymogènes couvraient tout le village comme une forme de punition collective... Finalement, le cortège funéraire s’est ébranlé, ponctué d’appels : « Dieu est grand ! » et tous les habitants de Silwan sont descendus dans la rue pour se joindre au cortège. Alors que le cortège serpentait à travers les rues étroites, les gens ont commencé à attaquer toutes les maisons, voitures, ou toute infrastructure de colons sur leur chemin.

 

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Funérailles de Samir Sarhan à Silwan.

Finalement, à l’entrée de Silwan, juste à côté de l’entrée de l’enceinte d’Al-Aqsa, que les Juifs appellent le mont du Temple, dans un complexe pour colons immigrants appelé la « cité de David », la foule a explosé de rage et la destruction à grande échelle a commencé . Des vitres ont été brisées à l’entrée de l’immeuble de « la cité de David » et des voitures de la police israélienne des frontières ont été retournées et brûlées.

 

Comme le groupe se rapprochait du complexe d’Al-Aqsa, un certain nombre d’autobus publics de la compagnie israélienne Egged se sont retrouvés sur sa route. Les habitants de Silwan en colère ont exprimé leur frustration et ont commencé à détruire toutes les vitres et toute la carrosserie possible d’un autobus. À un moment donné, des gens sont entrés dans le pour arracher les sièges. Cela se produisait alors que le chauffeur de bus était toujours à l’intérieur.

 

Le cortège a ensuite atteint le complexe d’Al-Aqsa et la tension est retombée, mais les agences de presse envoient maintenant des dépêches disant que des jets de pierres ont eu lieu à partir du plateau d’al-Aqsa après l’enterrement, et que les troupes israéliennes avaient pénétré dans la mosquée al-Aqsa, troisième lieu saint de l’Islam.

 

Selon Rajmi, la violence ne fera que croître à cause de cet assassinat. J’ai reçu un mot de lui disant que l’un des blessés lors de la fusillade venait de succomber à ses blessures. Son nom n’était pas immédiatement disponible.

 

Il est certain que cette mort pourrait être l’étincelle de nouvelles violences, auxquelles les habitants de Silwan semblent s’être préparés. Contrairement au « fayyadism » - la coopération officielle de l’Autorité palestinienne avec l’occupation israélienne - qui contrôle Ramallah, la population de Silwan est prête à résister et à combattre dans Jérusalem-Est sous occupation, quelque soit le prix.

 

* Joseph Dana, est un écrivain et cinéaste et il vit à Jérusalem. Il milite dans des groupes comme Taayush et Les Anarchistes contre le Mur. Son site web est : josephdana.com

 

Du même auteur :

 

-  Représailles dites du « prix à payer » à Hébron - 10 septembre 2010

 

 

22 septembre 2010 - The Electronic Intifada - Vous pouvez consulter cet article à :
//electronicintifada.net/v2/ar...
Traduction de l’anglais : Nazem

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



25/09/2010

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