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«Nous suivions Clotilde Reiss avant son arrestation»

«Nous suivions Clotilde Reiss avant son arrestation»

L’affaire Clotilde Reiss, cette étudiante française lectrice de français à l’université d’Ispahan et accusée par les autorités iraniennes d’espionnage, semble s’éclaicir : la blanche colombe n’est peut-être pas aussi innocente que s’acharne à le dire Bernard Kouchner. L’ambassadeur d’Iran en France s’explique.

Polémia

Libérée sous caution le 16 août, mais tenue de demeurer à l’ambassade de France à Téhéran, Clotilde Reiss, 24 ans, est toujours dans l’attente d’une libération définitive. La justice iranienne soupçonne l’étudiante d’avoir participé à une manifestation contestant l’élection du président Mahmoud Ahmadinejad en juin et l’accuse même d’« espionnage ».
«Je crois que le procureur et le juge iraniens vont nous faire attendre en reportant la date du verdict », déclarait la semaine dernière Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères. Pour la première fois, Medhi Miraboutalebi, ambassadeur de la République islamique d’Iran en France, accepte de s’expliquer sur ce dossier et sur les relations entre la France et son pays.

Qu’est-ce que l’Iran reproche à Clotilde Reiss ?
Medhi Miraboutalebi. Mme Reiss a fait des études de géopolitique, elle s’intéresse à l’Iran, elle parle persan, mais elle n’est pas professeur de français. A partir de là, trois questions se posent. Pourquoi envoie-t-on une étudiante en géopolitique enseigner le français à la place d’un professeur de langue ? Pourquoi va-t-elle à Ispahan, la région où sont précisément installés nos centres d’enrichissement d’uranium ? Et enfin, pourquoi choisit-elle une université technologique où l’on n’étudie pas les sciences sociales, qui sont pourtant sa spécialité ?

Vous ne croyez donc pas qu’il s’agisse d’une simple étudiante ?
Cette jeune femme a effectué entre juin et septembre 2007 un stage sur les technologies nucléaires à la direction des applications militaires du CEA (Commissariat à l’énergie atomique). Elle a rédigé un mémoire intitulé : « Comprendre la politique iranienne dans la crise nucléaire ». Ce document justifie nos doutes à son égard.

Faites-vous une relation avec le fait que son père travaille au CEA ?
Nous étions au courant, mais nous ne prenons pas en compte cet élément.

Pour autant, vous ne disposez que de soupçons, vous n’avez rien de concret contre Clotilde Reiss…
Son dossier compte huit chefs d’accusation. Elle les a tous reconnus lors de son procès. Cette dame est partie en Iran avec un visa de trente jours pour enseigner le français. Sur place, elle a fait une demande de prolongation. Lorsque son visa a expiré une deuxième fois, elle aurait dû quitter le pays, mais elle a continué à séjourner illégalement. En apparence, elle est partie pour donner des cours de français à Ispahan. Alors pourquoi s’est-elle retrouvée pendant quinze jours dans les manifestations de Téhéran ?

Etait-elle surveillée en Iran ?
Oui, nous la surveillions dès lors qu’elle était sur le territoire iranien. Sinon, comment aurions-nous pu l’arrêter ?

Selon vous, c’est donc une espionne ?
C’est l’un des chefs d’accusation, mais personne ne peut se prononcer à la place du magistrat.

Vous affirmez qu’elle a tout avoué. En France, on pense qu’elle y a été forcée…
Ces pratiques n’existent pas en Iran pour une raison simple : nos croyances religieuses nous interdisent de mentir et de faire avouer sous la contrainte. L’ambassadeur de France a rendu visite à M m e Reiss et a pu constater que ses conditions de détention étaient tout à fait confortables.

Sait-on quand le jugement sera rendu ?
L’accusée a été interrogée et a pu être libérée sous caution (NDLR : 300 000 $, soit 213 000 €) en attendant le verdict, comme l’autorisent les lois iraniennes. A présent, c’est au juge de décider entre la prison, la liberté ou l’amende. Pour la date, je vous invite à lui poser vous-même la question. Ce qui est certain, c’est que ce sera moins long qu’en France.

Les relations entre la France et l’Iran sont extrêmement tendues…
Le ministre français des Affaires étrangères dit que la France n’a pas de relations avec les autorités iraniennes. Cela veut dire quoi ? N’est-ce pas justement de sa responsabilité ? Que fait la France pour améliorer les liens ? Depuis deux mois, je fais tout mon possible pour que le climat s’apaise et éviter que les choses ne dégénèrent. La France a choisi de s’ingérer dans les affaires iraniennes immédiatement après l’élection et diffuser ses messages de propagande à l’opinion publique.

Propos recueillis par Emeline Cazi
Le Parisien
25/08/2009


Correspondance Polémia
26/08/2009

Image : Medhi Miraboutalebi, ambassadeur de la République islamique d’Iran en France



30/08/2009

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